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Adrien Costa : « La vie est une question d’équilibre »

22/04/2019

Une photo forte en symboles accompagnée de cette phrase « life is a balancing act », postée il y a quelques jours sur un réseau social par Adrien Costa, fait suite au reportage qui lui a été consacré par France Télévision. Sur cette photo, on voit le jeune homme en équilibre sur sa jambe prenant appui sur une béquille, à proximité d’un amoncellement de pierres elles aussi en équilibre, le long d’une rivière.

1er mai 2016, Adrien Costa devient le plus jeune vainqueur du Tour de Bretagne. Il n’a pas encore 19 ans lorsqu’il étale sa classe aux yeux de tous. Il est « LE » futur grand du cyclisme mondial. Son corps était fait, dit-on, pour remporter un jour le Tour de France mais son esprit ressent alors le besoin de plus grands espaces. Un an plus tard, il choisit une autre voie que celle du cyclisme professionnel pour découvrir d’autres horizons. Puis survient cet accident en montagne qui causera l’amputation de sa jambe droite. Toutes ces épreuves traversées, il a décidé d’en faire une force et de se servir de son parcours pour aider les autres.

Mise en images par France Télévision, le grand public connaît désormais l’histoire d’Adrien Costa, sa résilience, cette incroyable leçon de vie d’un garçon si jeune.

Avec la sincérité et le franc-parler qui le caractérisent, Adrien Costa revient sur ce reportage, mais également sur le Tour de Bretagne 2016 qui l’a fait éclore au plus haut niveau, et sur ses aspirations futures, empreintes de sérénité, de nouveaux challenges et d’ouverture vers le monde qui l’entoure.

 

« Adrien, les nombreuses personnes qui ont visionné le reportage de France Télévision se posent une question « essentielle » ! Hormis les Red Hot Chili Peppers, qu’écoutez-vous dans votre van?

Ça dépend bien de ce que je fais! Les Red Hot c’est ma musique préférée avant d’aller skier. Autrement, j’ai récemment retrouvé une affection pour Lady Gaga après avoir vu le film “A Star is Born ».

 

L’entretien que vous avez accordé à France Télévision a eu un impact énorme en France. Est-ce que vous imaginiez que votre histoire aurait un tel retentissement en France ?

Non, je ne m’imaginais vraiment pas cela, et d’ailleurs ce n’était pas mon but ni ma préoccupation d’avoir un tel retentissement ! Mais je suis très reconnaissant de tous les messages de soutien que je reçois depuis la France. Pour moi, c’est extrêmement émouvant d’être autant supporté. J’espère tout simplement que mon histoire puisse apporter aux gens même juste un tout petit bout d’inspiration pour continuer à se battre contre leurs problèmes et à garder espoir quand des difficultés apparaissent dans leurs vies.

 

Est-ce que vous avez une devise, une maxime, qui vous guide ?

Non, pas pour l’instant. (sourire)

 

Vous racontez vouloir inspirer et aider les gens, comment poursuivez-vous cet objectif ?

Pour l’instant je me concentre sur mon rétablissement et j’essaye de vivre d’une façon courageuse et exemplaire. Mais j’essaye aussi de prendre les bonnes décisions pour mon avenir. Entre l’arrêt de la compétition et mon accident, tout cela s’est passé tellement vite ! Et je sens que je n’ai pas encore eu le temps de tout assimiler. Je me concentre aussi sur mes études en psychologie pour acquérir les connaissances afin d’avoir vraiment un impact positif sur les gens d’une façon plus personnelle et directe. Sinon, dans l’avenir, tout est possible et j’aimerais éventuellement me consacrer à la psychologie à plein temps. Soit pour aider des gens avec des handicaps physiques ou mentaux, ou simplement que mon parcours serve comme inspiration pour tous. Je pense qu’on peut tous beaucoup apprendre l’un sur l’autre simplement en s’intéressant aux autres, et en se rapprochant des autres pour entendre un peu de leurs histoires et de voir qu’on partage tous cette aventure humaine.

 

Retour en 2016, quand vous vous présentez au départ du Tour de Bretagne. Est-ce que vous imaginez pouvoir jouer le général dès le début de la course?

Je savais que j’étais en bonne forme. A l’entraînement, je me sentais très bien et encore mieux en course. Et je ne voulais pas me fixer de limites sur quelconque parcours. Ceci étant dit, au départ de la course, je n’imaginais vraiment pas pouvoir gagner, c’est sûr.

Pour moi le Tour de Bretagne était vraiment la course de référence ! Dans le camp Américain, on ne manquait pas d’histoires de batailles en Bretagne, et j’avais hâte de découvrir ça par moi-même!

En repensant au Tour de Bretagne 2016, quels souvenirs gardez-vous ?

Quelques-uns des meilleurs souvenirs de ma courte carrière cycliste ! La foule de spectateurs à Lannion était incroyable, je n’oublierais jamais ce circuit magique… Et puis, la passion que les Bretons ont pour le cyclisme c’est du jamais vu, à part dans les Flandres !

 

Vous suivez les résultats du cyclisme actuel et des jeunes coureurs qui vous avez côtoyé dans les pelotons en 2016-2017 ?

Pendant un certain temps après avoir décidé d’arrêter de courir, ça me faisait de la peine de voir les courses. Je me disais que je devais y être, que je pouvais y être ! Mais maintenant j’ai retrouvé le plaisir de regarder le cyclisme et d’apprécier l’immense effort que fournissent ces coureurs.

Ça me fait plaisir de voir la nouvelle génération se « prouver » (ndlr : « Prove It » , en français Prouve-le, est le slogan de l’équipe Hagens Berman Axeon, ancienne équipe d’Adrien Costa). Et cela confirme le niveau des courses comme… le Tour de Bretagne ! 

 

Pensez-vous qu’il faut changer des choses dans le cyclisme professionnel, dans la manière d’aborder la performance pour les jeunes coureurs ?

Non, je pense que c’est à chaque coureur de définir ce qu’il ressent et sa façon d’aborder les choses, pour trouver l’équilibre optimal entre le plaisir et la performance. Il ne faut pas se leurrer, c’est un véritable boulot, avec des intérêts financiers. C’est complètement naturel pour le sport d’évoluer comme le cyclisme le fait. On voit cela un peu dans tous les sports aujourd'hui.

 

Vous vous tournez encore plus qu’avant vers la découverte des grands espaces. Quelles régions du monde avez-vous envie de visiter ?

J’attends avec impatience le jour où je pourrais retourner en Bretagne et vraiment redécouvrir la région, certainement d’un angle complètement différent… s’arrêter, passer la journée sur la plage, savourer une bonne crêpe…

Sinon, c’est la montagne qui m’attire. J’aimerais passer du temps dans les Andes, l’Himalaya, l’Alaska, loin de tout, pour me découvrir moi-même.

 

Qu’est-ce qui vous fait rêver actuellement ?

Comme je viens d’y faire allusion, c’est la haute montagne qui me fait rêver à l’heure actuelle. Je sais que c’est une poursuite assez égoïste, et je ne sais pas encore si c’est réaliste d’accomplir ce que j’aimerais étant donné ma situation. Mais ce sont ces challenges, qui paraissent impossibles, qui m’inspirent le plus. On verra pour la suite !

 

En 2016 déjà, tu indiquais que la méditation t’aidait à te dépasser physiquement, à faire passer le mental au-dessus du physique. Que recherches-tu dans la méditation désormais ?

J’y crois encore! Pour moi la méditation est devenue une façon d’apporter de la clarté dans mes pensées, de comprendre comment fonctionnent mon esprit et mon cerveau, de découvrir une nouvelle façon de voir le monde, de voir nos vies, et d’apprécier nos raisons d’être.

 

Quelle est la différence entre le « Adrien Costa » de 2016, et celui de 2019 ?

Une jambe de moins ! »

 

 

Propos recueillis par Christophe Fossani et Yann Corollou.

Crédit photo : Adrien Costa